El Niño et le réchauffement climatique : ce qui les relie, ce qui les distingue
El Niño et le réchauffement climatique sont deux phénomènes différents qui s'additionnent. El Niño est une oscillation naturelle du Pacifique qui ajoute un surplus de chaleur temporaire au climat mondial, de l'ordre de quelques dixièmes de degré au plus ; le réchauffement climatique, causé par les gaz à effet de serre, est une hausse continue qui se poursuit avec ou sans El Niño. Quand les deux se cumulent, les records de température tombent.
Sommaire
Cette page explique comment El Niño pèse sur la température du globe, pourquoi il ne faut pas le confondre avec la cause du réchauffement, ce que le GIEC dit de son évolution future et pourquoi la NOAA a changé d'indice en 2026. Pour les effets régionaux, consultez le dossier sur les conséquences d'El Niño.
Comment El Niño réchauffe temporairement la planète
En temps normal, les alizés poussent les eaux chaudes de surface vers l'ouest du Pacifique et font remonter de l'eau froide à l'est. L'océan stocke ainsi une grande quantité de chaleur en profondeur. Pendant El Niño, les alizés faiblissent, l'eau chaude s'étale sur une immense surface du Pacifique central et est, et l'océan cède une partie de cette chaleur à l'atmosphère, par évaporation et par rayonnement. Pendant La Niña, c'est l'inverse : l'océan en absorbe davantage.
Le surplus est modeste mais mesurable. Le Met Office britannique estime qu'un El Niño typique ajoute environ 0,2 °C à la température moyenne du globe, de manière temporaire. Selon les méthodes et les épisodes, les estimations varient : pour 2015, la NASA avait évalué la contribution d'El Niño à quelques centièmes de degré seulement. Dans tous les cas, l'effet est sans commune mesure avec le réchauffement accumulé depuis l'ère préindustrielle, d'environ 1,4 °C aujourd'hui.
Les records tombent l'année qui suit le pic
L'atmosphère réagit avec plusieurs mois de retard au réchauffement du Pacifique ; le site climate.gov de la NOAA évoque un décalage de trois à six mois. Comme les épisodes culminent en général entre novembre et janvier, c'est l'année civile suivante qui encaisse l'essentiel du surplus. Trois records mondiaux l'illustrent :
| Épisode El Niño | Pic de l'ONI | Année record qui a suivi |
|---|---|---|
| 1997-1998 | +2,37 °C (novembre-janvier 1997) | 1998, année la plus chaude mesurée jusqu'alors |
| 2015-2016 | +2,59 °C (novembre-janvier 2015) | 2016, nouveau record mondial |
| 2023-2024 | +1,99 °C (novembre-janvier 2023) | 2024, record à +1,60 °C au-dessus du niveau préindustriel selon Copernicus, première année civile au-delà de 1,5 °C |
L'épisode 2023-2024 a une particularité : 2023 avait déjà battu le record précédent avant même le pic d'El Niño, signe que le réchauffement de fond pesait plus lourd que l'épisode lui-même. Et 2025, sans El Niño, s'est classée troisième année la plus chaude selon Copernicus (+1,47 °C), si bien que la moyenne 2023-2025 a dépassé 1,5 °C pour la première fois sur trois ans.
Ce qu'El Niño n'est pas : la cause du réchauffement
Il est tentant d'attribuer à El Niño les records récents. C'est une erreur de raisonnement : El Niño et La Niña se compensent sur la durée. L'énergie qu'El Niño fait sortir de l'océan y était entrée auparavant, et La Niña refroidit à nouveau temporairement l'atmosphère. Sur plusieurs décennies, leur effet net est quasi nul.
Le réchauffement climatique, lui, vient de l'accumulation de gaz à effet de serre, qui retient de l'énergie supplémentaire dans tout le système climatique, océans compris. Les oscillations de l'ENSO se superposent à cette tendance comme des vagues sur une marée montante. Résultat : une année La Niña d'aujourd'hui est plus chaude qu'une année El Niño d'il y a trente ans. 2022, année La Niña, a ainsi été plus chaude que 1998, record de son époque porté par un El Niño très fort.
El Niño explique les dents de scie de la courbe des températures mondiales ; le réchauffement climatique explique sa pente.
Le changement climatique modifie-t-il El Niño ?
C'est l'une des questions les plus étudiées en climatologie, et la réponse honnête est : en partie seulement, et avec beaucoup d'incertitudes. Le sixième rapport du GIEC (AR6, 2021) distingue plusieurs niveaux de connaissance.
Ce qui est établi
- Il est virtuellement certain que l'ENSO restera le principal mode de variabilité d'une année à l'autre au XXIe siècle : El Niño ne va pas disparaître.
- Il est très probable que la variabilité des pluies liée à l'ENSO s'amplifie d'ici la seconde moitié du siècle dans les scénarios d'émissions intermédiaires à très élevés. Dans un monde plus chaud et plus humide, les mêmes anomalies de température de l'océan produisent des anomalies de pluie plus fortes.
- Les effets d'El Niño s'ajoutent à un climat déjà plus chaud : une sécheresse liée à El Niño s'accompagne aujourd'hui de températures plus élevées et d'une évaporation plus forte qu'autrefois. L'analyse de la sécheresse amazonienne de 2023, détaillée dans la page sur El Niño en Amérique du Sud, en est un exemple.
Ce qui reste incertain
- L'évolution de l'amplitude d'El Niño en température de surface : selon le GIEC, il n'y a pas de consensus entre les générations de modèles, et les modèles récents (CMIP6) ne montrent pas de changement robuste.
- La fréquence des épisodes extrêmes : certains travaux, comme ceux de Wenju Cai et ses collègues publiés en 2014 dans Nature Climate Change, projettent des El Niño extrêmes plus fréquents, mais ce résultat ne fait pas l'unanimité.
- Le passé récent : l'ENSO semble plus actif depuis 1950 qu'au cours des siècles précédents, sans que cette activité sorte nettement de la variabilité naturelle reconstituée sur les derniers millénaires.
Le point de vue d'ensemble du GIEC reste celui d'une confiance faible dans la façon dont l'ENSO lui-même évoluera. Les effets de chaque épisode, eux, s'exercent déjà dans un monde plus chaud, qu'il s'agisse des cyclones, des récoltes ou des coraux.
Pourquoi la NOAA est passée au RONI
Pendant des décennies, la NOAA a défini El Niño avec l'ONI, la moyenne sur trois mois de l'anomalie de température de la région Niño 3.4, calculée par rapport à une période de référence de 30 ans. Or tous les océans tropicaux se réchauffent. Une même anomalie de +1 °C dans le Pacifique central n'a plus le même effet sur l'atmosphère si le reste des tropiques s'est aussi réchauffé : ce qui pilote les pluies et les vents, c'est le contraste entre le Pacifique et le reste de la bande tropicale.
Depuis le 1er février 2026, la NOAA utilise donc officiellement le RONI (indice océanique Niño relatif) : l'anomalie de Niño 3.4 moins l'anomalie moyenne de la bande 20° N - 20° S, remise à la même échelle que l'ancien indice. Elle avance deux raisons : le RONI dépend moins de la période de référence choisie, ce qui rend les épisodes comparables sur tout l'historique, et il est mieux lié aux anomalies de pluie et de circulation.
L'écart entre les deux indices est parlant. En 2023-2024, l'ONI culminait à +1,99 °C (fort) mais le RONI à +1,42 °C (modéré). Pour l'épisode en cours, l'ONI atteint +2,16 °C et le RONI +1,69 °C en juillet-août-septembre 2026. Le calcul et l'historique de l'ancien indice sont présentés dans la page sur l'indice ONI.
Perspectives pour 2027
Dans son bulletin du 8 octobre 2026, la NOAA juge probable un El Niño fort à très fort jusqu'en janvier-mars 2027 et estime à 83 % la probabilité que le RONI atteigne ou dépasse +2,5 °C en octobre-décembre, ce qui en ferait l'épisode le plus fort depuis 1950. Avec le décalage de quelques mois entre le pic du Pacifique et la réponse de l'atmosphère, c'est l'année 2027 qui devrait en subir l'essentiel.
En mai 2026, l'Organisation météorologique mondiale estimait déjà à 86 % la probabilité qu'au moins une année entre 2026 et 2030 dépasse le record de 2024, et soulignait que l'El Niño attendu fin 2026 augmente les chances que 2027 soit la prochaine année record. Ce n'est pas une certitude : la force réelle de l'épisode, sa durée et d'autres facteurs comme les aérosols ou l'activité solaire comptent aussi. Les prévisions d'El Niño pour les prochains mois et le tableau de bord en direct (anomalie Niño 3.4 de +3,3 °C la semaine du 7 octobre 2026) permettent de suivre l'épisode qui pourrait devenir un super El Niño.
Au-delà de la température, un El Niño de cette ampleur dans un océan déjà très chaud fait craindre de nouveaux blanchissements de coraux et des pertes agricoles, présentés dans la page sur El Niño, l'agriculture et l'économie.
Questions fréquentes
El Niño est-il causé par le réchauffement climatique ?
Non. El Niño est une oscillation naturelle du Pacifique tropical, décrite par les pêcheurs péruviens bien avant le réchauffement actuel et retrouvée dans les archives climatiques des derniers millénaires. Le réchauffement modifie le décor dans lequel El Niño se produit, et peut-être certains de ses effets, mais il n'en est pas la cause.
El Niño fait-il monter la température mondiale ?
Oui, temporairement. Pendant un épisode, le Pacifique libère dans l'atmosphère une partie de la chaleur stockée en profondeur. Selon le Met Office britannique, un El Niño typique ajoute environ 0,2 °C à la moyenne mondiale pendant quelques mois ; l'effet disparaît ensuite, alors que le réchauffement dû aux gaz à effet de serre, lui, s'accumule.
Pourquoi les records de chaleur tombent-ils l'année après El Niño ?
Parce que la température de l'atmosphère réagit avec un décalage de quelques mois au réchauffement du Pacifique. Les épisodes culminent en général en fin d'année : c'est donc l'année civile suivante qui encaisse l'essentiel du surplus de chaleur, comme en 1998, 2016 et 2024.
Le réchauffement climatique rend-il El Niño plus fréquent ou plus fort ?
La question n'est pas tranchée. Dans son sixième rapport, le GIEC conclut que les modèles ne s'accordent pas sur une évolution de l'amplitude d'El Niño en température de surface, mais qu'il est très probable que la variabilité des pluies liée à l'ENSO s'amplifie d'ici la seconde moitié du siècle dans les scénarios d'émissions intermédiaires à élevés.
Pourquoi la NOAA utilise-t-elle maintenant le RONI ?
Depuis le 1er février 2026, la NOAA mesure El Niño avec le RONI, qui compare la région Niño 3.4 à la moyenne de toute la bande tropicale. Comme tous les océans tropicaux se réchauffent, l'ancien indice ONI avait tendance à surestimer les épisodes chauds récents ; le RONI suit mieux les pluies et la circulation atmosphérique réellement liées à l'ENSO.
2027 sera-t-elle l'année la plus chaude jamais mesurée ?
C'est possible et même jugé probable par plusieurs centres, sans être certain. En mai 2026, l'Organisation météorologique mondiale estimait à 86 % la probabilité qu'au moins une année entre 2026 et 2030 dépasse le record de 2024, en soulignant que l'El Niño attendu fin 2026 augmente les chances que 2027 soit cette année record.
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Mis à jour le 12 octobre 2026