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Super El Niño : ce que le terme désigne et les épisodes très forts

Un super El Niño est un épisode El Niño exceptionnellement intense, en pratique un épisode « très fort », dont l'indice ONI de la NOAA atteint ou dépasse +2,0 °C. Le terme n'a rien d'officiel. Depuis 1950, trois épisodes ont franchi ce seuil : 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016. Celui de 2026 l'a dépassé à son tour.

Sommaire
  1. Un mot des médias, pas une catégorie officielle
  2. Les épisodes très forts depuis 1950
  3. Ce que les super El Niño ont en commun
  4. Trois épisodes, trois histoires
  5. 2026 face aux super El Niño précédents
  6. Un super El Niño veut-il dire des catastrophes partout ?
  7. Questions fréquentes

Cette page explique d'où vient l'expression, compare les épisodes très forts sur les mêmes indices et situe l'épisode en cours par rapport à eux. L'historique complet, faibles et modérés compris, se trouve dans la liste des années El Niño depuis 1950.

Un mot des médias, pas une catégorie officielle

Ni la NOAA ni l'Organisation météorologique mondiale ne définissent de « super El Niño ». Les bulletins officiels parlent d'épisode faible, modéré, fort ou très fort. Encore ce découpage n'est-il qu'une convention répandue, fondée sur le pic de l'ONI :

Classement courant (non officiel) de l'intensité d'un épisode El Niño
IntensitéPic de l'ONIExpression employée
Faible+0,5 à moins de +1,0 °CEl Niño faible
Modéré+1,0 à moins de +1,5 °CEl Niño modéré
Fort+1,5 à moins de +2,0 °CEl Niño fort
Très fort+2,0 °C et plus« Super El Niño » dans la presse

L'expression revient dans la presse dès qu'un épisode s'annonce intense. En 2015, le climatologue Bill Patzert, de la NASA, est allé jusqu'à parler de « Godzilla El Niño ». Ces surnoms disent une chose vraie, l'ampleur hors norme du réchauffement, mais ils ne décrivent pas les conséquences : un épisode très fort n'a pas partout les mêmes effets, et un épisode modéré peut causer de lourds dégâts.

Seuil à retenir : +2,0 °C d'anomalie sur trois mois dans la région Niño 3.4, au centre du Pacifique équatorial. Pour les valeurs du moment, consultez le suivi d'El Niño en direct.

Les épisodes très forts depuis 1950

Le tableau suivant compare les épisodes qui ont atteint +2,0 °C sur au moins un des deux indices de la NOAA, l'ONI classique et le RONI, indice relatif devenu la référence officielle le 1er février 2026. L'épisode 2023-2024, resté juste sous le seuil, est ajouté pour comparaison.

Épisodes El Niño très forts depuis 1950 (durée en saisons glissantes de trois mois)
ÉpisodePic ONIPic RONISaison du picDurée ONISaisons à +2,0 °C ou plus (ONI)
1982-1983+2,14+2,40déc.-janv.-févr. 198314 (avril 1982 à juillet 1983)3
1991-1992+1,54+2,12déc.-janv.-févr. 1992130
1997-1998+2,37+2,28nov.-déc.-janv. 1997-199812 (avril 1997 à mai 1998)5
2014-2016+2,59+2,25nov.-déc.-janv. 2015-201620 (sept. 2014 à juin 2016)6
2023-2024+1,99+1,42nov.-déc.-janv. 2023-2024110

Trois enseignements ressortent. D'abord, le classement dépend de l'indice : 2015-2016 est le plus fort sur l'ONI, 1982-1983 sur le RONI, qui retire le réchauffement général des tropiques et rend donc justice aux épisodes anciens. Ensuite, 1991-1992 rejoint le groupe sur le RONI alors qu'il n'est que « fort » sur l'ONI ; à l'inverse, 2023-2024 tombe de fort à modéré. Enfin, aucun épisode depuis 1950 n'a atteint +2,5 °C sur le RONI, le seuil que la NOAA retient pour parler d'un épisode « historique ».

Ce que les super El Niño ont en commun

  • Un calendrier très régulier. Les trois épisodes très forts de l'ONI franchissent le seuil de +0,5 °C au printemps de l'hémisphère Nord (avril-mai-juin 1982 et 1997 ; dès 2014 pour le troisième, qui a connu un faux départ), puis culminent entre novembre et février.
  • Un renforcement continu sur six à huit mois. En 1997, l'ONI passe de +0,71 °C en avril-mai-juin à +2,37 °C en novembre-décembre-janvier. En 1982, de +0,65 °C à +2,14 °C entre les mêmes saisons et décembre-janvier-février.
  • Un réchauffement qui gagne l'est du Pacifique. En 1982-1983 et 1997-1998, l'anomalie a été considérable près des côtes du Pérou et de l'Équateur (région Niño 1+2), d'où des pluies diluviennes dans ces pays désertiques. En 2015-2016, le réchauffement est resté plus centré sur le milieu du Pacifique, et les pluies sur la côte nord du Pérou ont été bien plus faibles.
  • Une fin rapide, souvent suivie de La Niña. L'ONI repasse sous +0,5 °C quelques mois après le pic : La Niña s'installe dès l'automne 1983 et dès l'été 1998 ; en 2016, elle n'apparaît que sur le RONI. Les séries froides sont détaillées dans la liste des années La Niña.
  • Des records de chaleur mondiale. L'année qui suit le pic est souvent la plus chaude jamais mesurée au moment où elle se termine : ce fut le cas de 1998 et de 2016, puis de 2024 après l'épisode 2023-2024. Le mécanisme est expliqué dans El Niño et le réchauffement climatique.

Trois épisodes, trois histoires

1982-1983 : le super El Niño que personne n'a vu venir

Il n'avait pas été prévu, et les satellites, trompés par les aérosols de l'éruption du volcan mexicain El Chichón au printemps 1982, sous-estimaient la température de la mer. Son ampleur n'a été comprise qu'à l'automne 1982. Il détient le record du RONI et a motivé le programme international qui a équipé le Pacifique équatorial de bouées. Voir la fiche de l'El Niño 1982-1983.

1997-1998 : le premier suivi en direct

Annoncé au printemps 1997, avec une intensité sous-estimée par la plupart des modèles, il a été observé en temps réel par le réseau de bouées achevé fin 1994. Ses conséquences se sont fait sentir sur tous les continents : incendies en Indonésie, inondations au Pérou et en Afrique de l'Est, blanchissement massif des coraux. Voir la fiche de l'El Niño 1997-1998.

2015-2016 : le record de l'ONI

Après un faux départ en 2014, l'épisode a été déclaré par la NOAA en mars 2015 et a atteint +2,59 °C, valeur jamais vue sur l'ONI. Il a coïncidé avec deux années de records de chaleur mondiale, une grave sécheresse en Afrique australe et en Éthiopie, et le troisième épisode mondial de blanchissement des coraux. Voir la fiche de l'El Niño 2015-2016.

2026 face aux super El Niño précédents

L'épisode en cours a franchi +0,5 °C sur l'ONI en avril-mai-juin 2026, au même moment de l'année que 1982 et 1997. Sa montée a été plus rapide : l'ONI a atteint +2,16 °C dès juillet-août-septembre 2026, la valeur la plus élevée jamais relevée pour cette saison. À la même période, il était de +0,99 °C en 1982, +1,79 °C en 1997 et +1,73 °C en 2015. Sur le RONI, la comparaison est plus nuancée : +1,69 °C en juillet-août-septembre 2026, derrière 1997 (+1,84 °C) mais devant 2015 (+1,54 °C).

Valeur des indices en juillet-août-septembre, plusieurs mois avant le pic
ÉpisodeONI juil.-août-sept.RONI juil.-août-sept.Pic ONI atteint ensuite
1982+0,99+1,14+2,14
1997+1,79+1,84+2,37
2015+1,73+1,54+2,59
2026+2,16+1,69en cours

Les dernières valeurs disponibles sont +2,16 °C pour l'ONI et +1,69 °C pour le RONI (juillet-août-septembre 2026), soit un épisode fort sur l'indice officiel. Chaque semaine, l'anomalie de la région Niño 3.4 est publiée à part : elle était de +3,3 °C pour la semaine du 7 octobre 2026. À titre de repère, la valeur hebdomadaire la plus haute de l'épisode 2015-2016 avait été de +3,0 °C (semaine du 18 novembre 2015) et celle de 1997-1998 de +2,3 °C, dans la même série de données de la NOAA.

Dans son bulletin du 8 octobre 2026, la NOAA juge un El Niño fort à très fort probable jusqu'en janvier-mars 2027 et chiffre à 83 % la probabilité que le RONI dépasse +2,5 °C en octobre-novembre-décembre. Un tel niveau ferait de 2026 l'épisode le plus fort depuis 1950, devant 1982-1983. Les scénarios des modèles sont résumés dans les prévisions El Niño.

Un super El Niño veut-il dire des catastrophes partout ?

Non. Les épisodes très forts augmentent la probabilité de certains extrêmes : sécheresse en Indonésie, en Australie orientale, en Afrique australe et dans le nord du Brésil ; pluies abondantes sur la côte du Pérou et de l'Équateur, dans le sud du Brésil et en Afrique de l'Est en fin d'année ; cyclones plus nombreux dans le Pacifique central et oriental, moins nombreux dans l'Atlantique. Mais ce sont des tendances statistiques, modulées par la saison, la position exacte du réchauffement et les autres océans. Pour l'Europe, et donc la France, le signal est faible et discuté. Les effets attendus sont détaillés région par région dans les conséquences d'El Niño.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un super El Niño ?

C'est une expression médiatique pour un épisode El Niño exceptionnellement intense. Elle n'a pas de définition officielle ; on l'emploie le plus souvent quand l'indice ONI de la NOAA atteint ou dépasse +2,0 °C, seuil de la classe « très fort » dans le classement courant.

Combien y a-t-il eu de super El Niño ?

Trois depuis 1950 d'après l'ONI : 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016. Le RONI, indice officiel de la NOAA depuis février 2026, y ajoute 1991-1992. L'épisode de 2026 a déjà franchi +2,0 °C sur l'ONI.

Quel est le plus fort El Niño de l'histoire ?

Depuis 1950, 2015-2016 détient le record de l'ONI (+2,59 °C) et 1982-1983 celui du RONI (+2,40 °C). Avant 1950, l'épisode de 1877-1878 figure parmi les plus forts reconstitués, avec une forte incertitude.

Qu'est-ce que le « Godzilla El Niño » ?

C'est le surnom donné en août 2015 par le climatologue Bill Patzert, du Jet Propulsion Laboratory de la NASA, à l'épisode 2015-2016 qui se renforçait alors. Comme « super El Niño », ce n'est pas un terme scientifique.

2026 sera-t-il un super El Niño ?

Sur l'ONI, l'épisode a dépassé +2,0 °C dès juillet-août-septembre 2026. Sur le RONI, la NOAA estimait le 8 octobre 2026 à 83 % la probabilité de dépasser +2,5 °C en octobre-novembre-décembre, ce qui en ferait l'épisode le plus fort depuis 1950. Les valeurs de la semaine sont sur le tableau de bord.

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Mis à jour le 12 octobre 2026