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El Niño 1982-1983 : le super épisode que personne n'avait vu venir

El Niño 1982 est le premier « super El Niño » enregistré depuis 1950 : l'indice ONI de la NOAA a atteint +2,14 °C en décembre-janvier-février 1982-1983, et le RONI +2,40 °C, record depuis 1950. Il n'avait pas été prévu, et il n'a même été détecté que plusieurs mois après son début.

Sommaire
  1. Carte d'identité de l'épisode
  2. Le déroulé de l'épisode
  3. Pourquoi personne ne l'a vu venir
  4. Les conséquences documentées
  5. 1982-1983 face aux autres super El Niño et à 2026
  6. Questions fréquentes

Cette fiche retrace son déroulé, explique pourquoi il a pris les scientifiques de court et résume ses conséquences documentées. Les autres épisodes sont rassemblés dans l'historique des années El Niño.

Carte d'identité de l'épisode

El Niño 1982-1983 d'après les indices de la NOAA
Début (ONI ≥ +0,5 °C)avril-mai-juin 1982 (+0,65 °C)
Finmai-juin-juillet 1983 (+0,62 °C)
Durée14 saisons sur l'ONI, 13 sur le RONI
Pic de l'ONI+2,14 °C (décembre-janvier-février 1982-1983)
Pic du RONI+2,40 °C (même saison), record depuis 1950
Saisons à +2,0 °C ou plus (ONI)3, d'octobre-novembre-décembre 1982 à décembre-janvier-février 1983
Épisode suivantLa Niña faible dès septembre-octobre-novembre 1983

Le déroulé de l'épisode

Printemps et été 1982 : un départ lent

L'ONI franchit +0,5 °C en avril-mai-juin 1982, puis stagne : +0,73 °C en mai-juin-juillet, +0,78 °C en juin-juillet-août, +0,99 °C en juillet-août-septembre. Rien, à ce stade, ne laissait prévoir un épisode hors norme, d'autant que les instruments disponibles voyaient mal ce qui se passait.

Automne 1982 : l'emballement

Le réchauffement s'accélère brusquement à partir de septembre : l'ONI passe à +1,45 °C en août-septembre-octobre, +1,82 °C en septembre-octobre-novembre, puis +2,03 °C en octobre-novembre-décembre. L'anomalie hebdomadaire de la région Niño 3.4 culmine à +2,6 °C fin décembre 1982.

Hiver 1982-1983 : le pic

L'ONI atteint son maximum, +2,14 °C, en décembre-janvier-février. Le RONI, qui retire le réchauffement de l'ensemble des tropiques, monte à +2,40 °C : aucun épisode depuis 1950 n'a fait mieux sur cet indice, ni 1997-1998 (+2,28 °C) ni 2015-2016 (+2,25 °C).

Printemps et été 1983 : une fin en deux temps

Au centre du Pacifique, l'anomalie reflue dès le printemps : l'ONI tombe à +0,95 °C en avril-mai-juin et passe sous le seuil après mai-juin-juillet. Mais près des côtes de l'Amérique du Sud, la chaleur persiste : l'anomalie hebdomadaire de la région Niño 1+2 remonte à +4,2 °C en juin 1983, plus haut qu'au cœur de l'hiver. La bascule est ensuite rapide, et une La Niña faible s'installe à l'automne 1983.

Pourquoi personne ne l'a vu venir

Au début des années 1980, les modèles de prévision d'El Niño en étaient à leurs débuts et les mesures en mer dans le Pacifique équatorial restaient rares. Selon le laboratoire océanographique de la NOAA (PMEL), l'épisode n'a été « ni prévu ni même détecté » avant plusieurs mois.

Un hasard a aggravé la situation. Le volcan mexicain El Chichón est entré en éruption entre le 28 mars et le 4 avril 1982, projetant dans la stratosphère un nuage d'aérosols. Ce voile a faussé les mesures satellitaires de température de la mer, avec des biais froids de plusieurs degrés. Les analyses qui combinaient satellites et mesures de navires montraient un océan équatorial proche de la normale, voire un peu froid, pendant une bonne partie de 1982. Il a fallu une campagne en mer du navire océanographique Conrad, en septembre-octobre 1982, pour prendre la mesure du réchauffement.

L'éruption n'a pas provoqué El Niño : les études y voient une coïncidence. Elle a seulement brouillé les instruments au pire moment.

La leçon a été retenue. Le programme international TOGA (1985-1994) a été lancé pour observer et comprendre le Pacifique tropical, et il a abouti au réseau de bouées TAO, achevé en décembre 1994. C'est grâce à lui que l'El Niño 1997-1998 a pu être suivi en temps réel.

Les conséquences documentées

Les bilans de 1982-1983 ont été établis après coup et varient selon les sources : environ 1 300 à 2 000 morts et 8 à 13 milliards de dollars de dégâts dans le monde. Les chiffres régionaux ci-dessous viennent d'un tableau de synthèse du génie militaire américain, repris par la Naval Postgraduate School, et sont à lire comme des ordres de grandeur.

Principaux impacts attribués à El Niño 1982-1983 (estimations de l'époque, dollars de l'époque)
RégionPhénomèneDégâts estimésMorts estimés
Équateur et nord du Pérouinondations650 millions $600
Indonésiesécheresse500 millions $340
Afrique australesécheresse1 milliard $—
Ouest des États-Unistempêtes1,1 milliard $plus de 45
États du golfe du Mexiqueinondations1,1 milliard $plus de 50

Pérou et Équateur

Les pluies diluviennes sur la côte, d'ordinaire désertique, ont provoqué des inondations et des coulées de boue. En mer, l'arrivée d'eaux chaudes et pauvres en nutriments a achevé de faire s'effondrer la pêche à l'anchois, déjà surexploitée. Pour le contexte régional, voyez El Niño en Amérique du Sud.

Australie : sécheresse et feux du Mercredi des cendres

L'est de l'Australie a connu en 1982-1983 une sécheresse sévère, attribuée à El Niño, qui n'a pris fin qu'avec les pluies de mars à mai 1983. Le 16 février 1983, les feux du « Mercredi des cendres » ont fait 75 morts dans les États de Victoria et d'Australie-Méridionale.

Polynésie française : une saison cyclonique exceptionnelle

Entre décembre 1982 et avril 1983, la Polynésie française a été frappée par cinq cyclones et une tempête tropicale, alors que ces îles sont habituellement peu exposées. Le même schéma, avec la zone de formation des cyclones décalée vers l'est, s'observe lors des grands El Niño ; il est détaillé dans El Niño et l'outre-mer français.

Galápagos : coraux et oiseaux marins

Dans l'archipel des Galápagos, la chaleur prolongée de l'eau a détruit la grande majorité des récifs coralliens, et la raréfaction des poissons a provoqué une forte mortalité et des échecs de reproduction chez les oiseaux marins.

1982-1983 face aux autres super El Niño et à 2026

Des trois épisodes très forts de l'ONI, 1982-1983 est le plus faible sur cet indice (+2,14 °C) mais le plus fort sur le RONI (+2,40 °C). Il est aussi celui qui a démarré le plus lentement : +0,99 °C seulement en juillet-août-septembre 1982, contre +1,79 °C en 1997 et +1,73 °C en 2015. Le comparatif complet est sur la page des super El Niño, et les records récents sur la fiche de l'El Niño 2015-2016.

En 2026, l'ONI atteignait déjà +2,16 °C en juillet-août-septembre, et le RONI +1,69 °C, bien au-dessus de 1982 au même moment. Dernières valeurs : ONI +2,16 °C et RONI +1,69 °C (juillet-août-septembre 2026). La NOAA estimait le 8 octobre 2026 à 83 % la probabilité que le RONI dépasse +2,5 °C en octobre-novembre-décembre, ce qui ferait tomber le record de 1982-1983. Suivez l'évolution sur le tableau de bord El Niño en direct.

Questions fréquentes

Quand a eu lieu El Niño 1982-1983 ?

Sur l'ONI de la NOAA, l'épisode va d'avril-mai-juin 1982 à mai-juin-juillet 1983, soit quatorze saisons glissantes, avec un pic à +2,14 °C en décembre-janvier-février 1982-1983. Sur le RONI, il culmine à +2,40 °C à la même saison.

Pourquoi El Niño 1982-1983 n'a-t-il pas été prévu ?

Les modèles de prévision d'El Niño en étaient à leurs débuts, les observations du Pacifique équatorial étaient rares, et les satellites sous-estimaient de plusieurs degrés la température de la mer à cause des aérosols de l'éruption d'El Chichón. L'ampleur de l'épisode n'a été reconnue qu'à l'automne 1982.

L'éruption d'El Chichón a-t-elle causé El Niño ?

Non. L'éruption du volcan mexicain, fin mars et début avril 1982, a surtout gêné la détection en faussant les mesures satellitaires. Les études considèrent la simultanéité des deux événements comme une coïncidence.

Quel a été le bilan d'El Niño 1982-1983 ?

Les estimations publiées vont d'environ 1 300 à 2 000 morts et de 8 à 13 milliards de dollars de dégâts dans le monde. Ces chiffres, établis après coup, restent approximatifs.

El Niño 1982-1983 est-il le plus fort de l'histoire ?

Sur le RONI, l'indice officiel de la NOAA depuis février 2026, oui : +2,40 °C, record depuis 1950. Sur l'ONI classique, il est troisième derrière 2015-2016 et 1997-1998.

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Mis à jour le 12 octobre 2026