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El Niño 1997-1998 : le super El Niño de la fin du XXe siècle

El Niño 1997 est l'un des trois épisodes « très forts » enregistrés depuis 1950 : l'indice ONI de la NOAA est monté jusqu'à +2,37 °C en novembre-décembre-janvier 1997-1998. Prévu dans ses grandes lignes mais sous-estimé, il a touché tous les continents et fait de 1998 l'année la plus chaude mesurée jusque-là.

Sommaire
  1. Carte d'identité de l'épisode
  2. Le déroulé : un réchauffement éclair
  3. Les conséquences documentées, région par région
  4. Un record de chaleur mondiale
  5. 1997-1998 face aux autres super El Niño et à 2026
  6. Questions fréquentes

Cette fiche retrace son déroulé à partir des indices officiels, puis ses conséquences documentées, région par région. Elle fait partie de l'historique des épisodes El Niño, où vous trouverez tous les autres épisodes depuis 1950.

Carte d'identité de l'épisode

El Niño 1997-1998 d'après les indices de la NOAA
Début (ONI ≥ +0,5 °C)avril-mai-juin 1997 (+0,71 °C)
Finmars-avril-mai 1998 (+1,03 °C), puis +0,40 °C en avril-mai-juin
Durée12 saisons glissantes sur l'ONI comme sur le RONI
Pic de l'ONI+2,37 °C (novembre-décembre-janvier)
Pic du RONI+2,28 °C (même saison)
Saisons à +2,0 °C ou plus (ONI)5, d'août-septembre-octobre 1997 à décembre-janvier-février 1998
Intensitétrès fort (« super El Niño »)
Épisode suivantLa Niña dès juin-juillet-août 1998, jusqu'au début de 2001

Le déroulé : un réchauffement éclair

Printemps 1997 : le départ

Au début de 1997, le Pacifique équatorial est encore légèrement plus frais que la normale : l'ONI vaut −0,41 °C en décembre-janvier-février. Le réchauffement s'enclenche au printemps. La région Niño 1+2, collée aux côtes du Pérou et de l'Équateur, réagit la première : son anomalie hebdomadaire passe de +0,8 °C début avril à +2,3 °C début juin. L'ONI franchit +0,5 °C en avril-mai-juin. Plusieurs modèles de prévision avaient annoncé un réchauffement, et les premières annonces officielles datent d'avril-mai 1997, mais d'après l'océanographe Michael McPhaden (NOAA), presque tous prévoyaient un épisode trop faible et trop lent.

Été et automne 1997 : la montée en puissance

La progression est continue : +1,13 °C en mai-juin-juillet, +1,48 °C en juin-juillet-août, +1,79 °C en juillet-août-septembre, puis +2,04 °C en août-septembre-octobre. Dans l'est du Pacifique, l'anomalie hebdomadaire de Niño 1+2 atteint +4,0 °C mi-août. Ce suivi au jour le jour était une nouveauté : le réseau d'environ 70 bouées TAO, achevé fin 1994 après le choc de 1982-1983, mesurait en quasi temps réel la température en surface et en profondeur, ainsi que les vents.

Hiver 1997-1998 : le pic

L'ONI culmine à +2,37 °C en novembre-décembre-janvier, le RONI à +2,28 °C. La valeur hebdomadaire la plus haute en Niño 3.4, +2,3 °C, est relevée mi-décembre 1997 et de nouveau début février 1998. L'épisode reste au-dessus de +2,0 °C pendant cinq saisons, du jamais-vu à l'époque.

Printemps 1998 : l'effondrement

La fin est aussi brutale que le début. Les alizés reviennent à la mi-mai 1998 ; l'anomalie hebdomadaire de Niño 3.4 passe de +0,8 °C le 6 mai à −0,6 °C le 3 juin. L'ONI chute de +2,22 °C en décembre-janvier-février à −0,63 °C en juin-juillet-août : La Niña est déjà là. Elle durera jusqu'au début de 2001, formant l'une des trois triples La Niña connues, décrites dans la page des années La Niña.

Les conséquences documentées, région par région

Les chiffres ci-dessous sont des estimations publiées ; ils mêlent des catastrophes dont le lien avec El Niño est direct (pluies sur la côte péruvienne) et d'autres où il n'est qu'un facteur parmi d'autres. À l'échelle mondiale, une synthèse publiée en 2000 dans le Bulletin of the American Meteorological Society fait état de plus de 22 000 morts, et les estimations de pertes économiques reprises par l'Organisation météorologique mondiale vont de 32 à 96 milliards de dollars.

Pérou et Équateur : le désert sous les eaux

Les pluies intenses commencent début décembre 1997 dans les régions de Tumbes et Piura, au nord du Pérou, normalement très sèches. Pour la période de décembre 1997 à juin 1998, la protection civile péruvienne a recensé plus de 530 000 sinistrés ; la Corporation andine de développement a estimé les dégâts à environ 3,5 milliards de dollars pour le pays. La côte de l'Équateur a subi les mêmes pluies diluviennes. Plus de détails dans El Niño en Amérique du Sud.

Indonésie et Asie du Sud-Est : les incendies

La sécheresse associée à El Niño a favorisé d'immenses feux de forêt et de tourbières en Indonésie en 1997-1998 : entre 8 et près de 10 millions d'hectares brûlés selon les estimations. Le panache de fumée a gagné la Malaisie, Singapour, Brunei, la Thaïlande, le Vietnam et les Philippines. Voir aussi les effets d'El Niño en Asie et en Océanie.

Afrique de l'Est : pluies et épidémie

Les pluies de la petite saison humide, fin 1997, ont été extrêmes au Kenya et en Somalie. Les chercheurs les attribuent en grande partie au dipôle de l'océan Indien, qui s'est combiné à El Niño cette année-là. Les inondations ont été suivies d'une épidémie de fièvre de la vallée du Rift : dans le seul district de Garissa, au Kenya, les Centres américains de contrôle des maladies estiment à environ 27 500 le nombre d'infections et à 170 le nombre de morts.

Amérique du Nord : tempêtes en Californie, verglas au Québec

La Californie a reçu des pluies très abondantes, records par endroits, pendant l'hiver 1997-1998, conformément à ce qu'on attend d'un El Niño fort. La tempête de verglas de janvier 1998, qui a paralysé le sud du Québec et l'est de l'Ontario, s'est produite pendant l'épisode ; une étude suggère qu'El Niño a pu favoriser la circulation atmosphérique en cause, mais le lien n'est pas établi. Le point sur El Niño au Canada et au Québec.

Australie : moins sèche que prévu

Malgré l'intensité de l'épisode, le Bureau australien de météorologie note que les déficits de pluie de 1997 sont restés limités à des zones relativement restreintes du sud-est du pays. C'est un bon exemple du caractère statistique des effets d'El Niño.

Chine : les crues de l'été 1998

Les grandes crues du Yangtsé et de la Songhua, à l'été 1998, sont survenues pendant la phase de déclin d'El Niño. Le rôle de l'épisode y est discuté, et les bilans varient selon les sources (plusieurs milliers de morts).

Océans : coraux et cyclones

La chaleur de l'eau a provoqué en 1998 un blanchissement massif des coraux : selon le rapport 2000 du réseau mondial de surveillance des récifs (GCRMN), environ 16 % des récifs du monde ont été détruits ou gravement endommagés. Côté cyclones, la saison atlantique 1997 a été calme (sept tempêtes nommées), tandis que l'ouragan Linda est devenu en septembre 1997 le plus intense jamais observé dans le Pacifique Est, record tenu jusqu'à Patricia en 2015. Le Pacifique Sud a connu en 1997-1998 une saison très active ; en Polynésie française, les cyclones Martin et Osea ont frappé en novembre 1997. Voir El Niño et les cyclones.

Un record de chaleur mondiale

L'énorme quantité de chaleur libérée par le Pacifique a fait de 1998 l'année la plus chaude jamais mesurée à l'époque. Selon la NOAA et la NASA, ce record n'a été dépassé qu'en 2005, de peu. Le même scénario s'est reproduit en 2016 puis en 2024, après les épisodes suivants, comme l'explique notre page sur El Niño et le réchauffement climatique.

1997-1998 face aux autres super El Niño et à 2026

Sur l'ONI, 1997-1998 se place entre l'épisode de 1982-1983 (+2,14 °C) et celui de 2015-2016 (+2,59 °C). Sur le RONI, il est deuxième derrière 1982-1983. Il reste l'épisode le plus rapide à atteindre +2,0 °C parmi les trois, en août-septembre-octobre, et celui où l'est du Pacifique s'est le plus réchauffé avec 1982-1983. La comparaison détaillée est sur la page consacrée aux super El Niño.

L'épisode de 2026 a pris un départ comparable, au printemps, mais plus rapide : son ONI de juillet-août-septembre (+2,16 °C) dépasse celui de 1997 à la même saison (+1,79 °C). Sur le RONI, 1997 restait devant à ce stade (+1,84 °C contre +1,69 °C). Dernière valeur publiée : ONI +2,16 °C et RONI +1,69 °C pour juillet-août-septembre 2026. Pour savoir où en est l'épisode cette semaine, consultez le tableau de bord El Niño en direct.

Questions fréquentes

Quand a eu lieu El Niño 1997-1998 ?

D'après l'ONI de la NOAA, l'épisode couvre douze saisons glissantes, d'avril-mai-juin 1997 à mars-avril-mai 1998. Il a culminé à +2,37 °C en novembre-décembre-janvier 1997-1998 et s'est effondré en mai-juin 1998.

El Niño 1997-1998 avait-il été prévu ?

En partie. Plusieurs modèles ont annoncé un réchauffement une à trois saisons à l'avance et les annonces officielles ont été faites en avril-mai 1997, mais presque tous ont sous-estimé sa force et sa vitesse.

Combien de morts a fait El Niño 1997-1998 ?

Une synthèse publiée en 2000 dans le Bulletin of the American Meteorological Society évalue le bilan à plus de 22 000 morts dans le monde. Ce chiffre reste une estimation, car il additionne des catastrophes dont le lien avec El Niño est plus ou moins direct.

Combien a coûté El Niño 1997-1998 ?

Les estimations citées par l'Organisation météorologique mondiale vont de 32 à 96 milliards de dollars de pertes à l'échelle mondiale. L'écart montre la difficulté d'attribuer chaque dégât au phénomène.

El Niño 1997-1998 a-t-il causé la tempête de verglas au Québec ?

Le lien n'est pas établi. La tempête de janvier 1998 s'est produite pendant l'épisode, et une étude suggère qu'El Niño a pu favoriser la circulation atmosphérique en cause, mais on ne peut pas lui attribuer l'événement.

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Mis à jour le 12 octobre 2026