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El Niño au Pérou, en Équateur, au Brésil : les effets en Amérique du Sud

El Niño au Pérou se fait sentir plus directement que partout ailleurs : la mer se réchauffe le long de sa côte, les pluies inondent un littoral d'ordinaire désertique et la pêche s'effondre. Ailleurs en Amérique du Sud, les effets s'opposent : sécheresse en Amazonie, dans le nord-est du Brésil, en Colombie et au Venezuela ; pluies plus abondantes dans le sud du Brésil, en Uruguay et en Argentine. Ce sont des tendances, plus ou moins marquées selon les épisodes.

Sommaire
  1. Un nom né au Pérou
  2. El Niño côtier : quand la côte se réchauffe seule
  3. Pérou et Équateur : pluies torrentielles et huaycos
  4. La pêche à l'anchois en danger
  5. Galápagos : la faune en première ligne
  6. Chili : un hiver plus arrosé au centre
  7. Brésil : sécheresse au nord, inondations au sud
  8. Colombie et Venezuela : sécheresse et électricité
  9. Mexique et Amérique centrale : le corridor sec
  10. Tableau récapitulatif
  11. Questions fréquentes

Cette page fait le tour du continent, de la côte pacifique aux plaines du Río de la Plata, puis remonte vers l'Amérique centrale. Pour les autres régions du monde, consultez le dossier sur les conséquences d'El Niño.

Un nom né au Pérou

Le phénomène porte le nom que lui donnaient les pêcheurs du nord du Pérou, autour du port de Paita. Ils appelaient « El Niño », l'Enfant Jésus, le courant chaud qui remplaçait chaque année vers Noël les eaux froides de la côte. Les années où ce réchauffement durait des mois et s'accompagnait de pluies dévastatrices, ils savaient que la pêche serait mauvaise. Le terme est entré dans le vocabulaire scientifique à la fin du XIXe siècle avant de désigner, bien plus tard, le réchauffement de tout le Pacifique équatorial est et central.

D'ordinaire, des vents du sud-est longent la côte et font remonter des eaux profondes froides et riches en nutriments : c'est l'upwelling du courant de Humboldt, à l'origine d'une des mers les plus poissonneuses du monde. Pendant El Niño, ces vents faiblissent et une couche d'eau chaude venue de l'ouest recouvre la côte. La région la plus proche du Pérou, Niño 1+2, réagit en premier et le plus fort : son anomalie atteint +5,2 °C la semaine du 7 octobre 2026, bien plus que la région Niño 3.4 qui sert de référence mondiale.

El Niño côtier : quand la côte se réchauffe seule

Le Pérou suit son propre indicateur. La commission nationale ENFEN déclare un « El Niño costero » quand la mer se réchauffe durablement le long de la côte, même si le Pacifique central reste neutre. Ce cas n'est pas théorique :

  • 2017 : sans El Niño reconnu par la NOAA, un réchauffement brutal de la côte a déclenché de février à avril des pluies extrêmes dans le nord du Pérou. Les crues et les huaycos ont fait plus d'une centaine de morts, détruit des milliers de logements et inondé la ville de Piura. Le Senamhi considère cet épisode, modéré en température, comme l'un des trois plus graves du siècle pour le Pérou par ses pluies.
  • 2023 : en mars, le cyclone Yaku, un système rare dans cette partie du Pacifique, a déversé des pluies record sur le nord du pays. L'ENFEN a déclaré l'alerte El Niño côtier, plusieurs semaines avant que la NOAA ne constate El Niño dans le Pacifique central en juin.
  • 2026 : l'ENFEN a activé l'alerte El Niño côtier dès février et l'a maintenue tout au long de l'année, en envisageant un épisode de magnitude extraordinaire jusqu'au début de 2027 et une saison des pluies à risque sur la côte nord.

Pérou et Équateur : pluies torrentielles et huaycos

La côte nord du Pérou (Tumbes, Piura, Lambayeque) et la côte de l'Équateur reçoivent pendant un El Niño fort des pluies que leurs rivières, leurs villes et leurs routes ne sont pas faites pour encaisser. Les huaycos, ces coulées de boue et de pierres qui dévalent les ravins andins, emportent ponts, canaux d'irrigation et quartiers entiers. Les épisodes de 1982-1983 et de 1997-1998 restent les références : en 1998, les pluies ont même formé une vaste lagune temporaire au milieu du désert de Sechura.

Les eaux stagnantes favorisent ensuite les maladies transmises par les moustiques : en 2023, le Pérou a connu une épidémie de dengue d'une ampleur inédite. À l'inverse, l'altiplano du sud (Puno, autour du lac Titicaca) tend à recevoir moins de pluie pendant El Niño, au détriment des cultures et de l'élevage andins.

La pêche à l'anchois en danger

L'anchois du Pérou (anchoveta) alimente la plus grande pêcherie monospécifique du monde, transformée surtout en farine et en huile de poisson. Quand l'eau chaude arrive, le plancton se raréfie : les bancs s'enfoncent, se rapprochent de la côte ou partent vers le sud, et la proportion de juvéniles explose. En 1972-1973, El Niño combiné à la surpêche a provoqué l'effondrement du stock. En 2023, le ministère de la Production a annulé la première saison de pêche après des campagnes exploratoires où les juvéniles représentaient environ 86 % des individus capturés. Les conséquences pour l'élevage mondial de poissons sont détaillées dans la page sur El Niño, l'agriculture et l'économie.

Galápagos : la faune en première ligne

Aux Galápagos, l'eau chaude coupe l'arrivée des nutriments. Otaries, iguanes marins, oiseaux de mer et manchots manquent de nourriture. Selon les recensements analysés par Vargas et ses collègues, la population de manchots des Galápagos a chuté de 77 % après l'El Niño de 1982-1983 et de 65 % après celui de 1997-1998. Sur terre, à l'inverse, les pluies abondantes font reverdir les îles.

Chili : un hiver plus arrosé au centre

Au Chili, El Niño tend à rendre l'hiver austral (juin à août) plus pluvieux dans le centre du pays, autour de Santiago, ce qui recharge les réservoirs et l'enneigement des Andes, mais peut aussi provoquer des crues. Le nord du Chili partage avec le Pérou les eaux plus chaudes et la baisse de la pêche pélagique.

Brésil : sécheresse au nord, inondations au sud

Nordeste et Amazonie plus secs

Le nord-est du Brésil (sertão) voit souvent sa courte saison des pluies, de février à mai, amputée pendant El Niño. L'Amazonie reçoit aussi moins de pluie, ce qui abaisse les fleuves et augmente le risque d'incendies. En 2015-2016, la forêt a connu une sécheresse et des feux d'ampleur exceptionnelle. En octobre 2023, le Rio Negro à Manaus est descendu à son plus bas niveau depuis le début des mesures en 1902, record battu à nouveau en octobre 2024 (12,66 m le 4 octobre).

El Niño n'explique pas tout. L'analyse du groupe World Weather Attribution sur la sécheresse amazonienne de 2023 conclut que le réchauffement climatique en a été le moteur principal, en accélérant l'évaporation, El Niño ayant surtout contribué au déficit de pluie. Le lien entre les deux est développé dans la page sur El Niño et le réchauffement climatique.

Sud du Brésil, Uruguay et Argentine plus humides

Le sud du Brésil, l'Uruguay, le Paraguay et le nord-est de l'Argentine reçoivent en général plus de pluie au printemps austral pendant El Niño, et parfois jusqu'à l'automne suivant. Les inondations historiques du Rio Grande do Sul fin avril et en mai 2024 en sont un exemple : selon World Weather Attribution, le réchauffement a rendu ces pluies deux fois plus probables et El Niño les a aggravées. Pour la pampa argentine, cette humidité est souvent favorable au maïs et au soja, alors que La Niña y est associée aux sécheresses, comme celle de 2022-2023.

Colombie et Venezuela : sécheresse et électricité

Dans le nord de l'Amérique du Sud, El Niño réduit en général les pluies. Or la Colombie et le Venezuela produisent une grande partie de leur électricité grâce aux barrages. En Colombie, la sécheresse de l'El Niño de 1991-1992 a vidé les réservoirs et imposé un rationnement de l'électricité de mars 1992 à février 1993. En 2024, à la fin de l'épisode 2023-2024, les réservoirs du système de Chingaza, qui alimente l'essentiel de Bogotá, sont tombés à leur plus bas niveau depuis 40 ans : la capitale a rationné l'eau à partir du 11 avril. Au Venezuela, le lac du barrage de Guri a lui aussi atteint des niveaux critiques pendant l'épisode 2009-2010, avec des coupures d'électricité programmées.

Mexique et Amérique centrale : le corridor sec

Le « corridor sec » d'Amérique centrale (Guatemala, Honduras, Salvador, Nicaragua) est l'une des régions où El Niño pèse le plus sur la sécurité alimentaire. Les pluies d'été y deviennent irrégulières, avec de longues pauses en pleine saison de culture. En 2015, la FAO estimait dans un premier bilan que les pertes pouvaient atteindre 60 % pour le maïs et 80 % pour les haricots dans les zones les plus touchées, et le Programme alimentaire mondial évaluait à environ 2,3 millions le nombre de personnes ayant besoin d'aide. Au Panama, la sécheresse de 2023 a obligé le canal à limiter le nombre de passages, faute d'eau dans le lac Gatún. Au Mexique, El Niño tend à rendre l'hiver plus humide dans le nord et l'été plus sec dans le sud ; côté Pacifique, il favorise aussi les cyclones et ouragans au large des côtes mexicaines.

Tableau récapitulatif

RégionTendance pendant El NiñoSaison la plus concernée
Côte nord du Pérou, Équateurbeaucoup plus humideJanvier à avril
Altiplano (sud du Pérou, Bolivie)plus secÉté austral
Chili centralplus humideHiver austral
Amazonie, nord-est du Brésilplus secSaison des pluies
Sud du Brésil, Uruguay, nord-est de l'Argentineplus humidePrintemps austral
Colombie, Venezuelaplus secVariable selon les régions
Corridor sec d'Amérique centraleplus secÉté boréal

Pour savoir où en est l'épisode en cours, la phase actuelle (El Niño) et l'indice ONI (+2,16 °C en juillet-août-septembre 2026) sont mis à jour chaque semaine sur le tableau de bord El Niño en direct.

Questions fréquentes

Pourquoi le phénomène s'appelle-t-il El Niño ?

Le nom vient des pêcheurs du nord du Pérou. Au XIXe siècle, ils appelaient « El Niño », l'Enfant Jésus, le courant chaud qui apparaissait chaque année le long de la côte vers Noël. Les scientifiques ont ensuite réservé ce nom aux années où ce réchauffement est beaucoup plus fort et durable que d'habitude.

Qu'est-ce qu'El Niño côtier ?

C'est un réchauffement de la mer limité à la côte du Pérou et de l'Équateur (région Niño 1+2), suivi par la commission péruvienne ENFEN. Il peut survenir sans El Niño dans le Pacifique central, comme en 2017, et provoquer quand même des pluies diluviennes dans le nord du Pérou.

Quels sont les effets d'El Niño au Pérou ?

Sur la côte nord, habituellement désertique, El Niño apporte des pluies torrentielles, des crues et des coulées de boue (huaycos) qui coupent routes et ponts. En mer, l'eau chaude appauvrit les eaux en plancton : les anchois s'enfoncent ou migrent vers le sud et la pêche chute. Dans les Andes du sud, il tend au contraire à rendre la saison des pluies plus sèche.

El Niño provoque-t-il des sécheresses au Brésil ?

Oui, dans le nord et le nord-est du pays : la saison des pluies du Nordeste et l'Amazonie tendent à être plus sèches, comme en 2015-2016 et en 2023-2024. Le sud du Brésil, lui, reçoit souvent plus de pluie, avec un risque d'inondations accru.

El Niño est-il bon pour l'agriculture argentine ?

Souvent, oui : la pampa humide reçoit en général plus de pluie au printemps et en été, ce qui favorise le maïs et le soja. Mais l'excès d'eau peut aussi inonder des champs et retarder les semis. C'est La Niña qui est le plus souvent associée aux sécheresses argentines.

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Mis à jour le 12 octobre 2026