El Niño et l'agriculture : récoltes, pêche, coraux et économie
El Niño et l'agriculture sont étroitement liés, car le phénomène déplace les pluies : sécheresse dans les rizières d'Asie, les champs de blé australiens, les palmeraies indonésiennes ou les champs de maïs d'Afrique australe, pluies plus généreuses en Argentine. Par ricochet, il touche la pêche, les récifs coralliens, l'hydroélectricité, le transport maritime et la croissance économique. Ce sont des tendances : chaque épisode a son propre bilan.
Sommaire
- Les cultures : qui perd, qui gagne
- La pêche : l'anchois du Pérou et la farine de poisson
- Les coraux : quatre blanchissements mondiaux
- L'énergie et le transport : quand les barrages se vident
- L'économie mondiale : des coûts durables mais discutés
- La sécurité alimentaire : FAO et PAM en alerte
- Questions fréquentes
Cette page passe en revue les secteurs les plus exposés, avec uniquement des faits et des chiffres publiés par des organismes reconnus. Elle ne donne aucune prévision de prix. Pour la carte des effets climatiques eux-mêmes, consultez le dossier sur les conséquences d'El Niño.
Les cultures : qui perd, qui gagne
La plus vaste étude sur le sujet, publiée par Toshichika Iizumi et ses collègues en 2014 dans Nature Communications, a croisé les rendements mondiaux avec les phases de l'ENSO. Elle conclut qu'El Niño fait varier les rendements mondiaux moyens de maïs, de riz et de blé de −4,3 % à +0,8 %, mais améliore probablement celui du soja de 2,1 à 5,4 %. La moyenne mondiale cache surtout de grands contrastes régionaux.
| Culture | Régions sensibles | Tendance pendant El Niño |
|---|---|---|
| Riz | Inde, Indonésie, Philippines, Thaïlande | risque de baisse (mousson et pluies réduites) |
| Blé | Est de l'Australie | risque de baisse (printemps sec) |
| Huile de palme | Indonésie, Malaisie | baisse décalée (un an environ) |
| Maïs | Afrique australe, Amérique centrale | risque de baisse |
| Canne à sucre | Inde, Thaïlande | risque de baisse |
| Café | Vietnam, Indonésie, Colombie | risque de sécheresse |
| Maïs, soja | Argentine, sud du Brésil, Uruguay | souvent favorable (pluies accrues) |
Riz : la mousson en ligne de mire
Le riz d'Asie dépend de la mousson et des pluies de saison. Une mousson indienne déficitaire, plus fréquente pendant El Niño, réduit les semis et les rendements du principal exportateur mondial. En juillet 2023, l'Inde a interdit l'exportation de riz blanc non basmati pour contenir ses prix intérieurs, alors qu'El Niño s'installait et que la mousson restait incertaine. En 2026, la mousson s'est achevée environ 13 % sous la moyenne de long terme selon le service météorologique indien. Les mécanismes sont détaillés dans la page sur El Niño en Asie et en Océanie.
Blé australien
L'Australie compte parmi les grands exportateurs de blé, et ses régions de l'est dépendent des pluies d'hiver et de printemps que El Niño tend à réduire. Les sécheresses de 1982 et de 1994, deux années El Niño, ont fait chuter la production nationale de blé d'environ 30 % et de près de moitié respectivement, selon l'analyse de l'économiste David Ubilava. L'ouest du pays est moins sensible, ce qui atténue parfois l'effet national.
Huile de palme : un effet à retardement
Le palmier à huile réagit à la sécheresse avec un long décalage : le manque d'eau perturbe la formation des fleurs, et la baisse de production apparaît souvent un an plus tard environ. Les professionnels de Malaisie et d'Indonésie, qui produisent l'essentiel de l'huile de palme mondiale, surveillent donc El Niño pour l'année suivant l'épisode plus que pour l'année en cours.
Cacao, café et sucre
Le cacao vient surtout de Côte d'Ivoire et du Ghana. La saison 2023-2024 y a été très mauvaise, ce qui a porté les prix du cacao à des records en 2024. El Niño figure parmi les facteurs cités, à travers des pluies excessives puis un harmattan sec, mais la maladie du swollen shoot, le vieillissement des vergers et la baisse des plantations comptent tout autant : il serait faux d'en faire la seule cause. Pour le café, la sécheresse menace surtout le robusta du Vietnam et de l'Indonésie et l'arabica de Colombie. Pour le sucre, la canne d'Inde et de Thaïlande dépend de la mousson. Les effets en Afrique sont détaillés dans la page sur El Niño en Afrique.
La pêche : l'anchois du Pérou et la farine de poisson
La pêcherie d'anchois du Pérou (anchoveta) est la plus importante du monde pour une seule espèce. Ses prises sont transformées en farine et en huile de poisson, qui nourrissent l'aquaculture (saumon, crevettes) et l'élevage dans le monde entier. Quand El Niño réchauffe la côte, le plancton se raréfie et les anchois s'enfoncent ou migrent vers le sud. En 1972-1973, El Niño combiné à la surpêche a provoqué l'effondrement du stock. En 2023, le ministère péruvien de la Production a annulé la première saison de pêche, les campagnes exploratoires ayant trouvé environ 86 % de juvéniles. La situation sur la côte pacifique est développée dans la page sur El Niño au Pérou et en Amérique du Sud.
Les coraux : quatre blanchissements mondiaux
Quand l'eau reste trop chaude pendant des semaines, les coraux expulsent les algues qui les nourrissent et blanchissent ; s'ils ne récupèrent pas, ils meurent. Le programme Coral Reef Watch de la NOAA recense quatre épisodes mondiaux de blanchissement, tous liés à des années de chaleur exceptionnelle des océans :
| Épisode mondial | Contexte ENSO |
|---|---|
| 1er : 1998 | El Niño très fort de 1997-1998 |
| 2e : 2010 | El Niño de 2009-2010 |
| 3e : 2014-2017 | El Niño très fort de 2014-2016 |
| 4e : 2023-2025 | El Niño de 2023-2024, sur fond d'océans record |
Le quatrième épisode, confirmé par la NOAA le 15 avril 2024, a exposé 84 % de la surface mondiale des récifs à un stress thermique de niveau blanchissement entre début 2023 et mi-2025, dans au moins 83 pays et territoires. Avec l'El Niño de 2026, la NOAA signale un risque élevé pour une grande partie du Pacifique nord, dont Hawaï, ainsi que pour la Floride et les Caraïbes. Le rôle du réchauffement de fond est expliqué dans la page sur El Niño et le réchauffement climatique.
L'énergie et le transport : quand les barrages se vident
Les pays qui tirent l'essentiel de leur électricité des barrages sont vulnérables aux sécheresses d'El Niño. En Colombie, le rationnement de l'électricité de 1992-1993 a suivi la sécheresse de l'El Niño de 1991-1992. En 2024, après l'épisode 2023-2024, le lac Kariba, sur le Zambèze, est descendu si bas que la grande centrale zambienne de Kariba n'a plus produit qu'une fraction de sa capacité : les Zambiens ont subi des coupures de courant de plus de 12 heures par jour, et le Zimbabwe a lui aussi multiplié les délestages.
Le transport maritime n'est pas épargné. En 2023, la sécheresse a abaissé le lac Gatún, qui alimente les écluses du canal de Panama : le canal a dû restreindre le nombre de navires admis chaque jour, ramené à 24 en novembre 2023, bien en dessous de son rythme habituel.
L'économie mondiale : des coûts durables mais discutés
Chiffrer le coût d'El Niño est délicat. L'étude la plus citée, celle de Christopher Callahan et Justin Mankin publiée en 2023 dans Science, montre que les épisodes El Niño réduisent durablement la croissance économique des pays tropicaux. Elle attribue 4 100 milliards de dollars de pertes de revenus mondiaux à l'El Niño de 1982-1983 et 5 700 milliards à celui de 1997-1998, cumulés sur les cinq années suivantes, et projette 84 000 milliards de pertes au XXIe siècle dans un scénario d'émissions conforme aux engagements actuels. Ces chiffres sont des estimations statistiques, non des factures, et dépendent de la succession future des épisodes.
Des bilans plus ciblés existent. La Banque mondiale a estimé à 16,1 milliards de dollars le coût des incendies de 2015 en Indonésie, aggravés par la sécheresse d'El Niño. Les assureurs et réassureurs suivent aussi l'ENSO, parce qu'il modifie la fréquence des ouragans de l'Atlantique et des cyclones du Pacifique, l'un des principaux postes de sinistres.
La sécurité alimentaire : FAO et PAM en alerte
Les conséquences les plus graves touchent les agriculteurs pluviaux des pays pauvres. En 2015, la FAO estimait que les pertes de maïs et de haricots pouvaient atteindre 60 % et 80 % dans les zones les plus touchées du corridor sec d'Amérique centrale. En 2024, la sécheresse liée à El Niño a conduit le Malawi, la Zambie et le Zimbabwe à déclarer l'état de catastrophe nationale ; selon le Programme alimentaire mondial, la production de maïs a chuté de 54 % en Zambie et de 72 % au Zimbabwe par rapport à l'année précédente, et près de 27 millions de personnes avaient besoin d'une aide alimentaire immédiate dans sept pays d'Afrique australe.
Les prévisions d'El Niño arrivent plusieurs mois à l'avance. La FAO et le PAM s'en servent pour financer des actions anticipées : distribution de semences résistantes, stockage d'eau, transferts d'argent avant la sécheresse plutôt qu'après.
Pour suivre l'épisode en cours, classé fort selon le RONI, consultez le suivi d'El Niño en direct et les prévisions pour les prochains mois.
Questions fréquentes
Quelles cultures sont les plus touchées par El Niño ?
Surtout celles des régions qui s'assèchent pendant El Niño : riz d'Asie du Sud et du Sud-Est, blé de l'est de l'Australie, huile de palme d'Indonésie et de Malaisie, maïs d'Afrique australe et d'Amérique centrale, canne à sucre d'Inde et de Thaïlande. À l'échelle mondiale, une étude publiée en 2014 dans Nature Communications trouve des rendements moyens de maïs, de riz et de blé plutôt en baisse les années El Niño.
El Niño peut-il être bénéfique pour l'agriculture ?
Oui, dans certaines régions. La pampa argentine, le sud du Brésil et l'Uruguay reçoivent souvent plus de pluie, ce qui favorise le maïs et le soja. La même étude de 2014 estime qu'El Niño améliore en moyenne le rendement mondial du soja de 2,1 à 5,4 %.
Pourquoi El Niño fait-il chuter la pêche au Pérou ?
L'eau chaude qui recouvre la côte coupe la remontée d'eaux froides riches en nutriments. Le plancton se raréfie, les anchois s'enfoncent ou migrent vers le sud et les juvéniles dominent les bancs. En 2023, le Pérou a annulé sa première saison de pêche à l'anchois pour protéger le stock.
El Niño fait-il blanchir les coraux ?
Il y contribue fortement. Les trois premiers épisodes mondiaux de blanchissement recensés par la NOAA (1998, 2010 et 2014-2017) ont coïncidé avec des El Niño. Le quatrième, de 2023 à 2025, a exposé 84 % de la surface mondiale des récifs à un stress thermique de niveau blanchissement.
Combien coûte un El Niño à l'économie mondiale ?
Les estimations varient beaucoup selon les méthodes. L'étude de Callahan et Mankin, publiée en 2023 dans Science, attribue des pertes de revenus mondiaux de 4 100 milliards de dollars à l'El Niño de 1982-1983 et de 5 700 milliards à celui de 1997-1998, cumulées sur les cinq années suivantes. Ces chiffres issus de modèles statistiques restent discutés.
El Niño fait-il monter les prix alimentaires ?
Il peut y contribuer quand il réduit les récoltes de grands exportateurs, mais les prix dépendent aussi des stocks, de la demande, des politiques d'exportation et de la monnaie. Aucune règle ne permet de prédire un prix à partir d'El Niño seul.
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Mis à jour le 12 octobre 2026