El Niño en Afrique : sécheresse au sud, pluies à l'est, Sahel incertain
El Niño en Afrique agit en sens opposés selon les régions : il expose l'Afrique australe à la sécheresse pendant sa saison des pluies (novembre à mars) et apporte au contraire des pluies abondantes, parfois des crues, en Afrique de l'Est d'octobre à décembre. Au Sahel, il tend à affaiblir la mousson, mais de façon irrégulière, et l'Afrique du Nord est peu concernée. Comme partout, ce sont des tendances, plus ou moins marquées selon l'épisode.
Sommaire
- Vue d'ensemble
- Afrique australe : le risque de sécheresse
- Afrique de l'Est : courtes pluies plus abondantes
- Sahel et Afrique de l'Ouest : une mousson souvent plus faible
- Afrique du Nord : peu d'influence
- Madagascar et l'océan Indien
- Santé : maladies liées à l'eau et aux moustiques
- Pourquoi deux épisodes de même force ne donnent pas le même bilan
- Questions fréquentes
Vue d'ensemble
| Région | Saison concernée | Tendance | Régularité |
|---|---|---|---|
| Afrique australe (Zimbabwe, Zambie, Malawi, Mozambique, Afrique du Sud, Botswana, Namibie) | Novembre à mars | plus sec plus chaud | Élevée |
| Afrique de l'Est (Kenya, Somalie, sud de l'Éthiopie, Tanzanie) | Octobre à décembre | plus humide | Élevée, surtout avec un dipôle indien positif |
| Hauts plateaux d'Éthiopie | Juin à septembre | plus sec | Moyenne |
| Sahel et Afrique de l'Ouest | Juin à septembre | plus sec | Faible à moyenne |
| Madagascar | Novembre à avril | variable, risque de sécheresse dans le sud | Faible |
| Afrique du Nord | — | signal faible | Faible |
Cette géographie s'explique par la façon dont El Niño déplace les grandes zones de pluie tropicales. Quand les orages quittent l'Indonésie pour le centre du Pacifique, la circulation au-dessus de l'océan Indien et de l'Afrique change aussi : l'air descend davantage sur le sud du continent, ce qui freine les pluies, tandis que l'ouest de l'océan Indien se réchauffe et nourrit les pluies de la Corne de l'Afrique. Le mécanisme général est présenté sur la page des conséquences d'El Niño dans le monde.
Afrique australe : le risque de sécheresse
C'est le signal le plus lourd de conséquences sur le continent. La saison des pluies de l'Afrique australe coïncide avec le pic d'El Niño, et l'essentiel du maïs, aliment de base de la région, est cultivé sous pluie. Un déficit en janvier-février, au moment de la floraison, suffit à faire chuter les récoltes.
2015-2016
Pendant l'épisode très fort de 2015-2016, la période d'octobre à décembre 2015 a été la plus sèche depuis plus de 35 ans dans plusieurs zones, selon la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). Après l'échec de deux saisons des pluies consécutives, la SADC a déclaré en juillet 2016 une catastrophe régionale et lancé un appel de 2,4 milliards de dollars, en estimant à environ 40 millions le nombre de personnes touchées dans la région. En Afrique du Sud, l'état de sécheresse couvrait huit des neuf provinces à l'été 2016. Le contexte de cet épisode est raconté sur la page El Niño 2015-2016.
2023-2024
L'épisode suivant, pourtant moins fort, a frappé tout aussi durement. Selon la FAO, les principales zones de production du Malawi, du Mozambique, de la Namibie, de la Zambie et du Zimbabwe n'ont reçu qu'environ 80 % des pluies habituelles entre mi-novembre et février, et les Nations unies ont relevé des pluies de janvier-février parmi les plus faibles depuis 40 ans. La Zambie, le Malawi puis le Zimbabwe (en avril 2024) ont déclaré l'état de catastrophe nationale. La baisse du lac Kariba a en outre réduit la production hydroélectrique et imposé de longs délestages en Zambie et au Zimbabwe. Les effets économiques de ces sécheresses sont détaillés dans El Niño, agriculture et économie.
Pour 2026-2027, la saison des pluies d'Afrique australe coïncide avec le pic d'un épisode très fort. La FAO et les services météorologiques nationaux s'appuient sur ce risque pour déclencher des actions anticipées (semences résistantes à la sécheresse, aide aux éleveurs) avant les pertes, plutôt qu'après.
Afrique de l'Est : courtes pluies plus abondantes
La Corne de l'Afrique a deux saisons des pluies : les « longues pluies » de mars à mai et les « courtes pluies » d'octobre à décembre. El Niño agit surtout sur les secondes, qu'il rend en moyenne plus abondantes au Kenya, en Somalie, dans le sud de l'Éthiopie et en Tanzanie.
Le rôle du dipôle de l'océan Indien est décisif. Quand l'ouest de cet océan est nettement plus chaud que l'est (dipôle positif), les pluies d'Afrique de l'Est augmentent fortement. Les deux phénomènes apparaissent souvent ensemble, et les pluies les plus extrêmes sont arrivées quand ils coïncidaient :
- Fin 1997 : des pluies torrentielles d'octobre 1997 à janvier 1998 ont provoqué les pires inondations régionales depuis 1961, selon le rapport des centres américains de contrôle des maladies (CDC) consacré à l'épidémie qui en a découlé.
- Octobre-décembre 2023 : un El Niño fort et un dipôle indien positif marqué ont donné, selon le réseau d'alerte FEWS NET, des pluies et des inondations parmi les pires depuis 40 ans au Kenya, en Somalie et en Éthiopie, avec des centaines de milliers de déplacés en Somalie.
Ce n'est pas automatique : en 2018, alors qu'un El Niño se mettait en place, la plupart des zones ont reçu moins de pluie que la normale d'octobre à décembre, selon le centre climatique régional de l'IGAD (ICPAC). Et les hauts plateaux d'Éthiopie, qui dépendent surtout des pluies d'été (juin à septembre), réagissent à l'inverse : en 2015, l'échec de ces pluies pendant El Niño a provoqué une grave sécheresse dans le nord et le centre du pays.
Sahel et Afrique de l'Ouest : une mousson souvent plus faible
Au Sahel, du Sénégal au Tchad, la saison des pluies dépend de la mousson ouest-africaine, de juin à septembre. Les années El Niño, la mousson tend à être un peu plus faible, car la circulation atmosphérique au-dessus de l'Atlantique tropical et de l'Afrique de l'Ouest est modifiée. Mais le lien est beaucoup moins régulier qu'en Afrique australe.
La raison principale tient à l'Atlantique. Les études, notamment celles d'Alessandra Giannini et de ses collègues publiées en 2003, ont montré que les grandes sécheresses du Sahel des années 1970 et 1980 s'expliquaient surtout par la répartition des températures de surface de l'Atlantique et de l'océan Indien, El Niño n'ajoutant qu'une modulation d'une année à l'autre. La température du golfe de Guinée pèse souvent davantage que l'état du Pacifique sur les pluies de la côte ouest-africaine. Une année El Niño peut donc avoir une mousson normale, voire excédentaire.
Afrique du Nord : peu d'influence
Du Maroc à l'Égypte, le climat dépend surtout de l'Atlantique Nord, de la Méditerranée et de l'oscillation nord-atlantique. Aucun effet régulier d'El Niño n'y est établi. Les pluies d'hiver du Maghreb peuvent être un peu modifiées par la circulation atlantique, comme en Europe du Sud, mais le signal reste faible et discuté : voir El Niño en France et en Europe.
Madagascar et l'océan Indien
À Madagascar, l'effet d'El Niño est variable et dépend beaucoup de la région. Le Grand Sud, déjà très exposé aux sécheresses, fait l'objet d'un dispositif d'action anticipée monté depuis 2020 par le gouvernement malgache, la FAO, le Programme alimentaire mondial et leurs partenaires ; il a été activé face au risque lié à l'épisode El Niño 2023-2024, avec des distributions de semences résistantes et une aide aux éleveurs. Sur les cyclones du sud-ouest de l'océan Indien, aucun lien simple avec El Niño n'est établi. Pour La Réunion et Mayotte, voisines, Météo-France détaille l'influence de l'épisode sur la saison des pluies dans la page El Niño dans les outre-mer.
Santé : maladies liées à l'eau et aux moustiques
Les effets d'El Niño sur la santé en Afrique sont surtout documentés pour l'épisode de 1997-1998.
- Fièvre de la vallée du Rift : fin 1997, après les inondations, une épidémie touche le nord-est du Kenya et le sud de la Somalie, chez les humains comme chez le bétail. L'OMS a suivi l'épidémie et coordonné la surveillance entre les deux pays ; la FAO a relevé l'impact sur les troupeaux de chameaux et de chèvres. Toutes les épidémies connues de cette maladie au Kenya entre 1950 et 1998 ont suivi des pluies anormalement abondantes.
- Choléra : les inondations ont été suivies d'une forte hausse des cas dans la plupart des pays de la Corne de l'Afrique et en Tanzanie.
- Paludisme : le troisième rapport du GIEC cite des épidémies de paludisme en Afrique de l'Est après l'épisode de 1997-1998. Sur les hauts plateaux, l'effet varie : certaines zones ont connu des épidémies, d'autres un recul, quand des pluies trop fortes ont lessivé les gîtes de moustiques.
Ces liens ne sont pas automatiques : ils dépendent des systèmes de santé, de la vaccination du bétail et de la préparation. C'est pourquoi les organisations internationales utilisent aujourd'hui les prévisions d'El Niño pour anticiper la surveillance sanitaire dans les régions à risque.
Pourquoi deux épisodes de même force ne donnent pas le même bilan
L'Afrique illustre bien les limites de la règle « fort El Niño, forts impacts ». L'épisode de 2023-2024, classé fort mais pas très fort, a causé en Afrique australe une sécheresse comparable à celle de 2015-2016. À l'inverse, l'Afrique de l'Est n'a pas connu de crues extrêmes à chaque épisode. Le dipôle de l'océan Indien, la température de l'Atlantique, l'état des sols et des réserves en eau en début de saison, ainsi que la vulnérabilité des populations, font la différence. Une comparaison avec l'Asie et l'Océanie, l'autre grande zone touchée, est disponible sur la page El Niño en Asie et en Océanie.
Pour suivre l'épisode en cours, l'anomalie de température de la région Niño 3.4 (+3,3 °C la semaine du 7 octobre 2026) est mise à jour chaque semaine sur le tableau de bord El Niño en direct.
Questions fréquentes
Quels pays d'Afrique sont les plus touchés par El Niño ?
Les effets les plus réguliers concernent l'Afrique australe (Zimbabwe, Zambie, Malawi, Mozambique, sud de Madagascar, Afrique du Sud, Botswana, Namibie), exposée à la sécheresse, et l'Afrique de l'Est (Kenya, Somalie, sud de l'Éthiopie, Tanzanie), exposée à des pluies excessives d'octobre à décembre.
El Niño provoque-t-il la sécheresse au Sahel ?
Il augmente un peu le risque d'une mousson plus faible, mais le lien est irrégulier. Les grandes sécheresses sahéliennes des années 1970 et 1980 s'expliquent surtout par les températures de l'Atlantique et de l'océan Indien, pas par El Niño seul.
Pourquoi El Niño apporte-t-il de la pluie en Afrique de l'Est ?
El Niño réchauffe souvent l'ouest de l'océan Indien et affaiblit les vents qui assèchent habituellement la Corne de l'Afrique. L'effet est renforcé quand le dipôle de l'océan Indien est positif en même temps, comme en 1997 et en 2023.
El Niño a-t-il des effets sur la santé en Afrique ?
Oui, de façon indirecte. Après les pluies de fin 1997, l'OMS a suivi une épidémie de fièvre de la vallée du Rift au Kenya et en Somalie, et le choléra comme le paludisme ont progressé en Afrique de l'Est. Les sécheresses en Afrique australe pèsent, elles, sur l'eau potable et la nutrition.
Quand se font sentir les effets d'El Niño en Afrique australe ?
Pendant la saison des pluies, de novembre à mars, donc autour et juste après le pic de l'épisode. Pour l'épisode de 2026, c'est la saison de culture 2026-2027 qui est exposée.
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Mis à jour le 12 octobre 2026