El Niño 2015-2016 : le plus fort épisode jamais mesuré sur l'ONI
El Niño 2015 détient le record de l'indice ONI de la NOAA depuis 1950 : +2,59 °C en novembre-décembre-janvier 2015-2016. Commencé timidement dès l'automne 2014, il est aussi le plus long épisode de la série, avec vingt saisons au-dessus du seuil, et il a contribué à faire de 2015 puis de 2016 les années les plus chaudes mesurées jusque-là.
Sommaire
Cette fiche suit l'épisode saison par saison, puis passe en revue ses conséquences documentées. Elle complète la liste de toutes les années El Niño et la comparaison des super El Niño.
Carte d'identité de l'épisode
| Début sur l'ONI | septembre-octobre-novembre 2014 (+0,51 °C) |
|---|---|
| Début sur le RONI | février-mars-avril 2015 (+0,59 °C) |
| Déclaration officielle NOAA | 5 mars 2015 |
| Pic de l'ONI | +2,59 °C (novembre-décembre-janvier 2015-2016), record depuis 1950 |
| Pic du RONI | +2,25 °C (même saison) |
| Saisons à +2,0 °C ou plus (ONI) | 6, d'août-septembre-octobre 2015 à janvier-février-mars 2016 |
| Fin | avril-mai-juin 2016 sur l'ONI ; fin annoncée par la NOAA le 9 juin 2016 |
| Durée | 20 saisons sur l'ONI (le record), 14 sur le RONI |
2014 : le faux départ
Au printemps 2014, la NOAA avait émis une veille El Niño : les modèles prévoyaient un épisode, peut-être fort. L'océan s'est bien réchauffé, et l'ONI a franchi +0,5 °C en septembre-octobre-novembre 2014. Mais l'atmosphère n'a pas répondu : pas d'affaiblissement net des alizés ni de déplacement des pluies vers l'est. Faute de ce couplage entre océan et atmosphère, la NOAA n'a pas déclaré d'épisode. L'agence météorologique japonaise, elle, l'a fait dès décembre 2014.
Cette phase explique la différence entre les deux indices. Sur l'ONI, les saisons de fin 2014 et début 2015 dépassent le seuil (+0,51 à +0,80 °C) et l'épisode commence dès l'automne 2014. Sur le RONI, qui retranche le réchauffement de l'ensemble des tropiques, ces mêmes saisons restent trop proches de +0,5 °C : l'épisode n'y commence qu'en février-mars-avril 2015.
2015 : la montée vers le record
Le réchauffement reprend au début de 2015, et la NOAA déclare l'épisode le 5 mars. L'ONI ne cesse ensuite de grimper : +1,04 °C en avril-mai-juin, +1,44 °C en juin-juillet-août, +1,73 °C en juillet-août-septembre, puis +2,02 °C en août-septembre-octobre. En août, le climatologue Bill Patzert, de la NASA, le surnomme « Godzilla El Niño ».
Le pic tombe en fin d'année : +2,45 °C en octobre-novembre-décembre, +2,59 °C en novembre-décembre-janvier. La semaine du 18 novembre 2015, l'anomalie de la région Niño 3.4 atteint +3,0 °C, et celle de Niño 4, à l'ouest, +1,7 °C, un niveau jamais dépassé dans la série hebdomadaire de la NOAA depuis 1981. Ce détail compte : le réchauffement de 2015 était plus centré sur le milieu du Pacifique qu'en 1982-1983 ou 1997-1998, et nettement moins marqué le long des côtes de l'Amérique du Sud (région Niño 1+2).
2016 : la décrue
L'ONI reste au-dessus de +2,0 °C jusqu'en janvier-février-mars 2016 (+2,21 °C), puis baisse vite : +1,11 °C en mars-avril-mai, +0,57 °C en avril-mai-juin, +0,09 °C en mai-juin-juillet. Le Bureau australien de météorologie déclare la fin de l'épisode le 24 mai 2016, la NOAA le 9 juin. Une La Niña faible et brève suit fin 2016 ; elle apparaît sur le RONI mais pas sur l'ONI, comme on le voit dans la liste des années La Niña.
Les conséquences documentées
En avril 2016, l'ONU estimait à environ 60 millions le nombre de personnes touchées par El Niño dans le monde. Comme toujours, ces effets sont des tendances que l'épisode renforce, combinées à d'autres facteurs.
Afrique australe et Éthiopie : sécheresse et crise alimentaire
La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) a qualifié la sécheresse de 2015-2016 de pire depuis 35 ans. En juillet 2016, elle déclarait une catastrophe régionale et lançait un appel de 2,4 milliards de dollars : environ 40 millions de personnes étaient en insécurité alimentaire, dont 23 millions avaient besoin d'une aide immédiate. En Éthiopie, le gouvernement et l'ONU évaluaient fin 2015 à 10,2 millions le nombre de personnes ayant besoin d'une aide alimentaire. Voir El Niño en Afrique.
Indonésie : les incendies de 2015
Entre juin et octobre 2015, environ 2,6 millions d'hectares ont brûlé en Indonésie. La Banque mondiale a estimé le coût de ces feux à 16,1 milliards de dollars pour le pays, sans compter les effets de la brume sèche sur la santé dans toute la région.
Amérique du Sud : inondations et contrastes
Fin décembre 2015, des pluies diluviennes ont provoqué des inondations au Paraguay, en Argentine, en Uruguay et dans le sud du Brésil : plus de 150 000 personnes évacuées selon la BBC, en grande majorité au Paraguay. Sur la côte nord du Pérou, en revanche, les pluies ont été bien plus faibles qu'en 1982-1983 et 1997-1998, ce qui s'explique par le réchauffement plus modéré de l'est du Pacifique. Plus de détails dans El Niño en Amérique du Sud.
Amérique du Nord : la Californie déçue
On attendait d'un épisode aussi fort des pluies abondantes en Californie, en pleine sécheresse. Le nord de l'État et la Sierra Nevada ont été bien arrosés, mais le sud est resté sec et la sécheresse de long terme n'a pas pris fin. C'est l'exemple classique d'un El Niño fort qui ne donne pas l'effet « attendu ».
Océans : coraux et cyclones
L'épisode s'inscrit dans le troisième épisode mondial de blanchissement des coraux, de juin 2014 à mai 2017, le plus long jamais observé selon la NOAA ; en 2016, le tiers nord de la Grande Barrière de corail a été touché de façon catastrophique. Dans le Pacifique Est, la saison cyclonique 2015 a établi un record de 11 ouragans majeurs, et l'ouragan Patricia, le 23 octobre 2015, a atteint selon le Centre national des ouragans de la NOAA des vents soutenus de 185 nœuds (près de 345 km/h), record mondial mesuré. Voir El Niño et les cyclones.
Deux années records de chaleur
2015 puis 2016 ont chacune battu le record de température mondiale. D'après l'Organisation météorologique mondiale, 2016 s'est située environ 1,1 °C au-dessus de l'époque préindustrielle, soit 0,06 °C de plus que 2015. Pour la NOAA et la NASA, c'était le troisième record annuel d'affilée, après 2014 et 2015. La chaleur libérée par le Pacifique s'est ajoutée à la tendance de fond du réchauffement, mécanisme détaillé dans El Niño et le réchauffement climatique.
2015-2016 face aux autres épisodes et à 2026
Comparé à l'El Niño 1997-1998, l'épisode 2015-2016 a été plus long, plus fort sur l'ONI (+2,59 °C contre +2,37 °C) et plus centré sur le Pacifique central, mais un peu moins fort sur le RONI (+2,25 °C contre +2,28 °C). Huit ans plus tard, l'épisode 2023-2024 s'est arrêté juste sous la barre des +2,0 °C sur l'ONI.
En 2026, l'ONI de juillet-août-septembre (+2,16 °C) dépasse nettement celui de 2015 à la même saison (+1,73 °C), et le RONI aussi (+1,69 °C contre +1,54 °C). Les dernières valeurs sont +2,16 °C sur l'ONI et +1,69 °C sur le RONI (juillet-août-septembre 2026). Le record de 2015-2016 tiendra-t-il ? Réponse semaine après semaine sur le suivi d'El Niño en direct.
Questions fréquentes
Quand a eu lieu El Niño 2015-2016 ?
Sur l'ONI de la NOAA, l'épisode couvre vingt saisons glissantes, de septembre-octobre-novembre 2014 à avril-mai-juin 2016, avec un pic à +2,59 °C en novembre-décembre-janvier 2015-2016. La NOAA l'a déclaré officiellement le 5 mars 2015 et en a annoncé la fin le 9 juin 2016.
Pourquoi parle-t-on du « Godzilla El Niño » ?
Le surnom vient du climatologue Bill Patzert, du Jet Propulsion Laboratory de la NASA, qui l'a employé en août 2015 pour souligner l'ampleur de l'épisode en formation. Ce n'est pas un terme scientifique.
El Niño 2015-2016 est-il le plus fort de l'histoire ?
Sur l'ONI, oui depuis 1950 (+2,59 °C). Sur le RONI, indice officiel de la NOAA depuis février 2026, il est troisième (+2,25 °C), derrière 1982-1983 et 1997-1998, car une partie de la chaleur venait du réchauffement général des océans tropicaux.
Quelles ont été les conséquences d'El Niño 2015-2016 ?
Les plus documentées sont la sécheresse en Afrique australe et en Éthiopie, les incendies en Indonésie, les inondations dans le bassin du Río de la Plata fin 2015, le troisième épisode mondial de blanchissement des coraux et des records de chaleur mondiale en 2015 et 2016. Selon l'ONU, environ 60 millions de personnes ont été touchées.
Qu'est-ce que le faux départ de 2014 ?
Au printemps 2014, les modèles annonçaient un El Niño. L'océan s'est réchauffé, mais l'atmosphère n'a pas suivi et la NOAA n'a pas déclaré d'épisode. Le réchauffement a repris début 2015 et l'épisode a été déclaré en mars 2015.
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Mis à jour le 12 octobre 2026