Aller au contenu
El Niñosuivi ENSO en français

ENSO : El Niño, La Niña et l'oscillation australe

L'ENSO (El Niño – Southern Oscillation, ou El Niño – oscillation australe) désigne le phénomène couplé océan-atmosphère du Pacifique tropical qui oscille entre trois phases : El Niño (chaude), La Niña (froide) et neutre. L'océan en fournit la température, l'atmosphère la pression et les vents ; les deux évoluent ensemble.

Sommaire
  1. Qu'est-ce que l'oscillation australe ?
  2. L'indice SOI : Tahiti moins Darwin
  3. Les trois phases de l'ENSO
  4. Les régions Niño du Pacifique
  5. El Niño Modoki, El Niño du Pacifique central et El Niño côtier
  6. Qui a découvert l'ENSO ? Une histoire en quatre temps
  7. Pourquoi l'ENSO oscille-t-il ?
  8. Questions fréquentes

Le sigle rappelle qu'il a fallu des décennies pour comprendre que deux phénomènes étudiés séparément n'en faisaient qu'un. Cette page détaille la partie atmosphérique, l'oscillation australe, son indice (le SOI), les phases de l'ENSO, ses variantes comme El Niño Modoki et l'histoire de sa découverte. Pour une vue d'ensemble du phénomène, lisez d'abord Comprendre El Niño.

Qu'est-ce que l'oscillation australe ?

L'oscillation australe est une bascule de la pression atmosphérique au niveau de la mer entre deux grandes régions du globe : le Pacifique tropical est d'un côté, la région Indonésie-nord de l'Australie de l'autre. Quand la pression est anormalement haute à l'est, elle est anormalement basse à l'ouest, et inversement.

Cette bascule commande les alizés. Les vents vont des hautes vers les basses pressions : plus l'écart entre l'est (pression haute) et l'ouest (pression basse) est grand, plus les alizés soufflent fort d'est en ouest le long de l'équateur. L'écart de pression et les alizés sont donc deux mesures d'une même chose : l'intensité de la circulation de Walker, la grande boucle d'air qui monte au-dessus de l'Indonésie et redescend au-dessus du Pacifique est.

  • Pendant El Niño, la pression baisse à l'est (Tahiti) et monte à l'ouest (Darwin) : l'écart se réduit, les alizés faiblissent.
  • Pendant La Niña, l'écart se creuse : pression plus haute à l'est, plus basse à l'ouest, alizés renforcés.

L'indice SOI : Tahiti moins Darwin

Pour suivre l'oscillation australe, les météorologues utilisent deux stations aux archives anciennes : Papeete, à Tahiti (Polynésie française), pour l'est, et Darwin, dans le nord de l'Australie, pour l'ouest. Le Bureau australien de météorologie publie un indice mensuel depuis 1876.

  1. MesurerOn relève la pression moyenne mensuelle au niveau de la mer dans chaque station.
  2. Comparer à la normaleOn calcule l'écart de chaque station à sa moyenne de long terme pour le même mois, ce qui retire le cycle des saisons.
  3. Faire la différenceOn soustrait l'anomalie de Darwin à celle de Tahiti, puis on divise par l'écart type pour obtenir une valeur sans unité.

Deux échelles circulent, ce qui crée souvent des confusions :

Les deux versions courantes du SOI
VersionOrdre de grandeurLecture
SOI standardisé de la NOAAQuelques unités (de −3 à +3 environ)Négatif pendant El Niño, positif pendant La Niña
SOI du Bureau australien de météorologieMultiplié par dix (souvent de −30 à +30)Valeurs durablement inférieures à −7 : El Niño probable ; supérieures à +7 : La Niña probable

Les deux indices n'utilisent ni la même échelle ni la même période de référence : un « −2 » de la NOAA et un « −14 » australien peuvent décrire le même mois. Le tableau ci-dessous reprend la version de la NOAA, la même que sur notre tableau de bord du suivi en direct.

Indice d'oscillation australe (SOI standardisé de la NOAA, Tahiti moins Darwin)
MoisSOI
septembre 2026−2,0
août 2026−1,1
juillet 2026−2,4
juin 2026−1,4
mai 2026−0,9
avril 2026−0,6
mars 2026+1,2
février 2026+1,4
janvier 2026+1,1
décembre 20250,0
novembre 2025+1,1
octobre 2025+1,1

Le SOI mensuel est très « bruité » : une dépression tropicale près de Darwin ou de Tahiti peut le faire varier fortement d'un mois à l'autre. On le lit donc sur plusieurs mois, en complément des mesures de température de l'océan. Un SOI durablement négatif, comme en 2026, confirme que l'atmosphère accompagne bien le réchauffement du Pacifique : c'est la marque d'un épisode « couplé ».

Les trois phases de l'ENSO

El Niño, phase neutre et La Niña
PhaseAnomalie Niño 3.4 (sur trois mois)SOIAlizésOrages tropicaux
El Niño+0,5 °C ou plusNégatifAffaiblisDéplacés vers le centre et l'est du Pacifique
NeutreEntre −0,5 °C et +0,5 °CProche de zéroProches de la normaleSur l'Indonésie et le Pacifique ouest
La Niña−0,5 °C ou moinsPositifRenforcésConcentrés sur l'Indonésie

La NOAA ne retient un épisode dans ses statistiques que si le seuil est franchi pendant au moins cinq saisons glissantes de trois mois. Les phases ne se succèdent pas dans un ordre fixe : un El Niño peut être suivi d'une période neutre, d'une La Niña ou d'un autre El Niño. Selon l'OMM, la bascule entre les deux extrêmes se produit en général tous les deux à sept ans. La phase froide est détaillée dans la page La Niña et sa différence avec El Niño.

Pour annoncer ces phases, la NOAA utilise un système d'alerte : « El Niño Watch » ou « La Niña Watch » (conditions favorables à l'apparition d'un épisode dans les six mois), « Advisory » (épisode en cours), « Final Advisory » (fin de l'épisode). Dans son bulletin du 8 octobre 2026, la NOAA maintient le statut « El Niño Advisory ». La phase en cours selon le RONI est : El Niño (fort).

Les régions Niño du Pacifique

La température de surface est suivie dans quatre rectangles le long de l'équateur. Chacun raconte une partie de l'histoire.

Les quatre régions Niño et leur dernière anomalie hebdomadaire
RégionEmplacementRôleAnomalie (7 octobre 2026)
Niño 1+20° à 10° S, 90° O à 80° O (au large du Pérou et de l'Équateur)El Niño côtier, effets en Amérique du Sud+5,2 °C
Niño 35° N à 5° S, 150° O à 90° OPacifique est+4,1 °C
Niño 3.45° N à 5° S, 170° O à 120° ORégion de référence pour l'ONI et le RONI+3,3 °C
Niño 45° N à 5° S, 160° E à 150° OPacifique central et ouest+1,3 °C

La région Niño 3.4, à cheval sur le centre et l'est, sert de référence parce que son réchauffement est le mieux relié aux déplacements des orages tropicaux. Son suivi semaine après semaine est détaillé dans la page région Niño 3.4.

El Niño Modoki, El Niño du Pacifique central et El Niño côtier

Tous les El Niño ne se ressemblent pas. Dans l'épisode dit « canonique » ou « du Pacifique est », le réchauffement est maximal près de l'Amérique du Sud et s'étend vers l'ouest. C'est le cas des épisodes de 1982-1983 et 1997-1998, et de celui de 2026 : fin septembre 2026, l'anomalie atteignait +5,3 °C dans la région Niño 1+2 contre +1,2 °C dans la région Niño 4.

Dans d'autres épisodes, le réchauffement reste concentré au centre du Pacifique, tandis que l'est et l'ouest restent proches de la normale ou plus frais. En 2007, une équipe de chercheurs japonais menée par Karumuri Ashok et Toshio Yamagata a proposé de les appeler El Niño Modoki, « modoki » étant un mot japonais classique signifiant « semblable mais différent ». D'autres chercheurs parlent d'El Niño du Pacifique central, ou « Warm Pool El Niño ». Leurs téléconnexions diffèrent en partie de celles des El Niño de l'est, par exemple pour les pluies en Amérique du Sud ou les cyclones. La communauté scientifique débat encore pour savoir s'il s'agit de deux types distincts ou des deux extrémités d'un continuum.

À l'inverse, un El Niño côtier peut réchauffer fortement les eaux du Pérou et de l'Équateur sans que le centre du Pacifique suive. Ce fut le cas au début de 2017 : les pluies torrentielles ont provoqué des inondations au Pérou alors que l'ENSO restait officiellement neutre.

Qui a découvert l'ENSO ? Une histoire en quatre temps

  1. Fin du XIXe siècle : le courant des pêcheursDes géographes de la Société de géographie de Lima rapportent que les marins de Paita nomment « El Niño » le contre-courant chaud qui apparaît après Noël. Les années de fort réchauffement sont associées à des pluies exceptionnelles sur la côte.
  2. 1904-1930 : Gilbert Walker et la bascule de pressionNommé à la tête des observatoires météorologiques de l'Inde en 1904, le Britannique Gilbert Walker cherche à prévoir les défaillances de la mousson. En comparant des séries de mesures du monde entier, il découvre la bascule de pression entre l'est et l'ouest du Pacifique et lui donne, dans les années 1920, le nom d'oscillation australe. Il ne fait pas le lien avec El Niño.
  3. 1969 : Jacob Bjerknes relie l'océan et l'atmosphèreLe météorologue d'origine norvégienne Jacob Bjerknes, alors en Californie, montre que le réchauffement du Pacifique est et l'affaiblissement de la bascule de pression s'entretiennent mutuellement. Dans un article de 1969, il baptise « circulation de Walker » la boucle d'air est-ouest au-dessus de l'équateur. Ce mécanisme porte aujourd'hui le nom de rétroaction de Bjerknes.
  4. Depuis les années 1980 : surveiller et prévoirL'épisode très fort de 1982-1983 n'a été reconnu que tardivement. Il a accéléré la mise en place du programme international TOGA (1985-1994) et d'un réseau de bouées ancrées le long de l'équateur, complété par les satellites et les flotteurs profileurs. C'est ce dispositif qui permet aujourd'hui de suivre l'ENSO semaine après semaine et de le prévoir plusieurs mois à l'avance.

Pourquoi l'ENSO oscille-t-il ?

L'ENSO n'a pas besoin d'une cause extérieure pour osciller. Deux ingrédients suffisent, et ils sont expliqués en détail dans la page sur la circulation de Walker, la thermocline et les ondes de Kelvin :

  • Une rétroaction qui amplifie : un réchauffement de l'est affaiblit les alizés, qui laissent l'est se réchauffer davantage (et inversement pour le refroidissement).
  • Une mémoire de l'océan qui inverse : la chaleur stockée sous la surface se redistribue lentement par des ondes océaniques. Après un El Niño, le Pacifique équatorial a perdu une partie de sa chaleur et tend vers la phase froide ; après une La Niña, il a reconstitué sa réserve.

Les perturbations du temps, comme les coups de vent d'ouest sur le Pacifique ouest, décident ensuite du moment et de la force du déclenchement. C'est pourquoi l'ENSO est quasi périodique et non régulier, et pourquoi les prévisions faites au printemps sont moins fiables que celles faites à partir de l'été.

L'ENSO n'est pas la seule oscillation de ce type. L'océan Indien a son propre « dipôle », et l'Atlantique équatorial connaît des réchauffements comparables à petite échelle. L'ENSO reste de loin la plus puissante source de variabilité du climat d'une année à l'autre.

Questions fréquentes

Que signifie ENSO ?

ENSO est l'abréviation anglaise d'El Niño – Southern Oscillation, en français El Niño – oscillation australe. Le sigle réunit la partie océanique du phénomène (El Niño et La Niña, le réchauffement ou le refroidissement du Pacifique équatorial) et sa partie atmosphérique (l'oscillation australe, une bascule de pression entre l'est et l'ouest du Pacifique).

Qu'est-ce que l'oscillation australe ?

C'est une bascule de la pression atmosphérique au niveau de la mer entre le Pacifique tropical est et la région Indonésie-Australie : quand la pression monte d'un côté, elle baisse de l'autre. Le météorologue britannique Gilbert Walker l'a décrite et nommée dans les années 1920.

Comment se calcule l'indice SOI ?

On compare la pression au niveau de la mer à Tahiti et à Darwin : l'indice vaut, pour l'essentiel, la pression de Tahiti moins celle de Darwin, exprimée en écart à la normale et standardisée. La NOAA publie une version standardisée (valeurs de l'ordre de quelques unités), le Bureau australien de météorologie une version multipliée par dix.

Que veut dire ENSO neutre ?

La phase neutre correspond à un Pacifique équatorial proche de la normale : l'anomalie de température de la région Niño 3.4 reste entre −0,5 °C et +0,5 °C. Ni El Niño ni La Niña ne sont en cours, ce qui ne veut pas dire absence de variations du temps.

Qu'est-ce qu'El Niño Modoki ?

C'est un El Niño dont le réchauffement se concentre au centre du Pacifique, avec des eaux plus fraîches de part et d'autre. Le terme a été proposé en 2007 par une équipe de chercheurs japonais ; « modoki » est un mot japonais classique signifiant « semblable mais différent ». On parle aussi d'El Niño du Pacifique central.

Quelle est la phase ENSO actuelle ?

À l'automne 2026, l'ENSO est en phase El Niño, avec un épisode fort qui se renforce selon le bulletin de la NOAA d'octobre 2026. Les valeurs de la semaine sont sur le suivi en direct.

À lire aussi

Mis à jour le 12 octobre 2026